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Tribune parue dans Le Monde.fr

Une lancinante petite musique sur le thème du « trottinette bashing » se fait entendre et connait un crescendo depuis quelques semaines. Cette litanie s’inspire d’une réalité bien concrète et d’un constat bien inquiétant.
La réalité qui nourrit la symphonie des critiques est un envahissement des trottoirs et chaussées de nos villes par ces nouveaux Engins de Déplacement Personnel.
Pas moins de 11 opérateurs ont déversé, en moins d’1 an, leurs milliers de véhicules électriques sur le bitume des grandes métropoles. Ce déferlement, aussi spectaculaire que soudain, s’est opéré dans la quasi totalité des cas, sans avoir la courtoisie d’informer au préalable les collectivités locales, les représentants de riverains et autres communautés d’usagers de la route.
Nos contemporains peuvent, à juste titre, s’en émouvoir.
Le constat, conséquence de cette occupation quelque peu agressive, est un triple verdict :
  • une gêne considérable pour les piétons qui se voient envahis et menacés sur leur territoire légitime : le trottoir ;
  • une cohabitation anarchique avec les autres véhicules qui subissent une génération spontanée s’exonérant de toute règle et respect des usages de la route ;
  • une accidentologie qui inquiète tous les acteurs soucieux de la vie en communauté.
Cet état de fait est pourtant le résultat d’un extraordinaire succès qui accompagne une révolution. Le concept de mobilité douce constitue un espoir considérable face aux enjeux environnementaux, à l’engorgement des villes et au fait que 80 % des déplacements en voiture font moins de 4 kms.
Le recours à des engins électriques, légers et intermodaux (susceptibles d’être emportés dans les transports en commun et garés chez soi ou dans son entreprise) constitue un formidable espoir dans le vécu des trajets quotidiens. Plus de 100 millions de déplacements décarbonés, (se substituant dans 30 à 40 % des cas à la voiture)  seront effectués en trottinettes électriques en 2019.
Si l’engin est objectivement vertueux, l’usage qui en est fait jusqu’à présent l’a dévoyé.
Aucunes contraintes claires ne permettaient aux usagers de se soumettre à un « contrat social urbain » et, faute de règlementations, les forces de l’ordre ne pouvaient sévir face aux dérives constatées.
La facilité d’utilisation du libre service, induit le nombre d’accidents lorsqu’on sait que 30 % de ceux-ci surviennent lors de la première expérience et qu’aucune formation n’est obligatoire.
Il nous faut donc distinguer l’engin de son usage. Internet n’est pas à bannir parce que de sordides dérives y prospèrent…
La législation nationale et les règlementations locales vont civiliser la pratique de la trottinette électrique pour qu’enfin une harmonieuse cohabitation s’impose.
Les trottoirs ne seront plus le lieu anarchique de circulation ou de stationnement des machines abandonnées par des utilisateurs déresponsabilisés. Des infrastuctures dédiées, pistes et voies cyclables, marquage au sol spécifiques vont dessiner un nouveau paysage pour nos mobilités et le confort de tous.
Il faut donc militer pour des initiatives responsables qui s’attachent à mieux former, assurer et encadrer les usagers de ces nouveaux moyens de déplacement.
N’insultons pas l’avenir de la mobilité verte, félicitons nous des réglementations qui sifflent enfin la fin de la récréation et faisons grandir des solutions éco responsables dans l’intérêt du plus grand nombre et d’une ville plus agréable à vivre.