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Dans une tribune au Parisien – Aujourd’hui en France, Eric Clairefond appelle à trouver un terrain d’entente afin d’ériger des règles claires pour les usagers des trottinettes et d’établir une cohabitation vertueuse entre piétons, cyclistes et automobilistes.

Eric Clairefond est cofondateur de Mobistreet, opérateur de flotte de trottinettes électriques professionnelles

« Hier, une trottinette a blessé une violoniste, avant-hier une chute de ski nous a privés du talent de Michael Schumacher et plus loin encore un accident de voiture a coûté la vie à Albert Camus. Ne cédons ni au miroir déformant du sensationnalisme ni à une déresponsabilisation coupable de la modernité. Les débats enflammés autour de la trottinette électrique sont nourris par la sidération des urbains face au succès de l’usage de ces engins dans les grandes métropoles.

On estime à 100 millions le nombre de trajets qui seront réalisés en trottinettes électriques en 2019. Le réflexe du recours aux vélos partagés est largement hypothéqué lorsque l’offre cohabite avec celle des trottinettes en « free floating ». L’accidentologie dénoncée à juste titre doit donc être mise en regard de la vertigineuse explosion du nombre d’utilisateurs. « La loi de l’arithmétique est dure mais c’est la loi. »

Les accidents surviennent pour 30 % des cas lors de la première utilisation de l’engin, sont largement dus à l’incivilité des usagers et sont catalysés par une coupable absence de règles. Les nouvelles mobilités vivent une crise de croissance. Face à « l’ardente obligation » de trouver un substitut aux mortifères engins de déplacement thermiques, les solutions alternatives se cherchent et grandissent, parfois de façon indisciplinée.

La trottinette électrique, par ses multiples vertus, constitue pourtant une des réponses gagnantes à l’enjeu de la micromobilité. Légère, capable de véhiculer une personne de 80 kg sur 30 km à 25 km/h, mue par une (très) faible charge d’électricité, susceptible d’être emportée dans les transports publics, utilisée en pantalon ou en jupe, elle est l’engin idéal pour se déplacer en ville en dehors des périodes climatiques trop hostiles. Elle a vocation à être garée et rechargée chez les particuliers ou au sein même des entreprises où elle pourra devenir un substitut aux flottes de véhicules thermiques.

En revanche, son usage doit sortir d’une adolescence flamboyante mais tumultueuse. Le déploiement « sauvage » et spectaculaire des flottes de trottinettes en libre-service : 11 opérateurs à Paris, déployés massivement sur les trottoirs avant même l’édiction de règles claires, a brouillé un message d’espoir écologique et suscité l’hostilité de beaucoup.

Prenons de la hauteur, évitons une guerre idéologique et stérile entre urbains appelés à se mouvoir pacifiquement. Organisons une vertueuse cohabitation. Les piétons : occupants naturels des trottoirs enfin sanctuarisés, les automobiles : usagers des routes à grande vitesse, et les engins de mobilité douce : vélos, trottinettes, qui doivent trouver leur place sur les chaussées moins rapides, les pistes et voies cyclables.

Apprendre les bonnes manières est la plus élégante façon de répondre au défi environnemental de nos villes engorgées et encarbonées. »